Home France Que faire dans l’Oise ? 4 villages au charme atypique à visiter absolument

Que faire dans l’Oise ? 4 villages au charme atypique à visiter absolument

by admin

L’Oise. Pour beaucoup, c’est un département qu’on traverse en voiture sur l’A1, fenêtre baissée, sans s’arrêter. Erreur monumentale. À moins de deux heures de Paris, ce territoire cache des pépites qui n’ont rien à envier aux destinations plébiscitées des guides touristiques. Des rosiers centenaires, un château sorti d’un rêve médiéval, de la crème fouettée élevée au rang d’art culinaire et un savoir-faire artisanal unique en Europe. Voici quatre villages — et une ville — qui méritent bien plus qu’un détour.

L’Oise, le poumon vert et historique des Hauts-de-France

On l’oublie trop souvent. L’Oise, c’est 5 860 km² de forêts royales, de bocages picards et de vallées secrètes, traversés par l’Oise, le Thérain et la Nonette. C’est aussi une terre chargée d’histoire — celle de la guerre de Cent Ans, des guerres de Religion, du Second Empire. Un territoire où chaque village, chaque clocher en silex, raconte plusieurs siècles d’une France profonde et authentique.

Ce département des Hauts-de-France attire chaque année plus d’un million de visiteurs, portés notamment par les deux fleurons de son patrimoine : le château de Chantilly et le château de Pierrefonds. Mais au-delà de ces monuments stars, l’Oise dissimule des joyaux bien moins fréquentés. Voici notre sélection de quatre villages — et destinations — qui méritent absolument le détour.

Gerberoy : flânerie dans le village aux mille rosiers

Quatre-vingt-dix habitants. Voilà le village de Gerberoy, perché sur sa butte à 83 kilomètres au nord de Paris, classé depuis 1982 parmi les Plus Beaux Villages de France. Petite par la taille. Immense par le caractère.

L’histoire aurait pu mal tourner pour Gerberoy. Forteresse convoitée pendant la guerre de Cent Ans, assiégée, brûlée, pillée par les Anglais, les Bourguignons, et même par Charles le Téméraire en 1472, la cité tombe ensuite dans un oubli de deux siècles. Puis arrive 1901. Le peintre post-impressionniste Henri Le Sidaner, sur les conseils d’Auguste Rodin, découvre Gerberoy et en tombe éperdument amoureux.

Sa mission ? Réveiller la belle endormie. Il conseille les habitants de planter deux rosiers devant chaque maison. Il crée les jardins en terrasse sur les ruines du château, en jardins à l’italienne ouverts sur l’horizon picard. Il invite Manet, Monet, Rodin à venir travailler ici. Et il invente, en 1928, la Fête des Roses, célébrée chaque premier dimanche de juin — une tradition qui perdure depuis près d’un siècle.

Aujourd’hui, plus de 400 variétés de roses envahissent les façades à colombages. La maison bleue de 1691, la collégiale Saint-Pierre du XVe siècle, les remparts classés dès 1913 : tout invite à ralentir. À ne rien faire. À photographier. À goûter le vin du petit vignoble local, ressuscité en 2004 par une poignée de passionnés. Gerberoy est un tableau impressionniste qu’on habite le temps d’une après-midi.

Pierrefonds : le château de conte de fées ressuscité

Certains monuments s’imposent. Pierrefonds, lui, écrase le regard. Ses tours crénelées de quarante mètres de haut surgissent de la forêt de Compiègne comme un décor de fantasy — et d’une certaine façon, c’en est un.

Construit en 1397 par Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, pour contrôler les échanges entre la Flandre et la Bourgogne, le château est démantelé à coups de canon en 1617 par Louis XIII, qui ne voulait pas en faire une place forte pour ses opposants. Il tombe dans un romantique abandon pendant deux siècles, avant que Napoléon III, séduit par les ruines, ne confie sa restauration à l’architecte Eugène Viollet-le-Duc à partir de 1857.

Viollet-le-Duc ne restaure pas. Il réinvente. Son Pierrefonds est un château tel qu’il aurait pu exister au Moyen Âge, pensé comme un manifeste architectural, un musée vivant de la fortification médiévale. Des sculptures fantastiques ornent chaque pierre, des boiseries racontent la vie des chevaliers, et la salle des Preuses — 53 mètres de long, 12 mètres de haut — coupe le souffle.

Le résultat ? En 2023, 162 000 visiteurs ont franchi le pont-levis, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente. Pierrefonds s’impose comme l’un des monuments les plus visités des Hauts-de-France. Il a servi de décor à « Les Visiteurs », « Jeanne d’Arc » de Luc Besson, à la série « Merlin », et même Michael Jackson avait fait réaliser une maquette du château dans son ranch californien.

À 1h30 de Paris, via l’A1 puis Compiègne.

Chantilly : capitale du cheval et de la gastronomie princière

Chantilly, c’est l’Oise qui se prend pour Versailles. Et elle n’a pas tort.

Le château de Chantilly, reconstruit au XIXe siècle, abrite le musée Condé, qui renferme la deuxième plus grande collection de peintures anciennes de France après le Louvre — plus de 800 œuvres, dont des Raphaël, des Botticelli et les fameuses enluminures des Très Riches Heures du duc de Berry. Tout autour, un parc dessiné par Le Nôtre s’étend sur plus de 115 hectares de jardins à la française, parterres d’eau et bosquets.

La ville est aussi la capitale française du cheval. Les Grandes Écuries de Chantilly, construites au XVIIIe siècle pour accueillir 240 chevaux, restent l’un des plus beaux bâtiments équestres du monde. Chaque année, le Prix de Diane et le Prix du Jockey Club attirent l’élite des courses hippiques internationales.

Et puis il y a la crème Chantilly. Inventée — dit-on — dans les cuisines du château, elle est ici élevée au rang de patrimoine immatériel. Une visite au château sans s’arrêter déguster une coupe de fraises à la Chantilly serait une faute de goût impardonnable.

Méru : un héritage artisanal unique en Europe

Méru ne ressemble pas aux autres destinations de l’Oise. Pas de château spectaculaire, pas de village fleuri. Ce que cette ville de 15 000 habitants, au sud-ouest du département, possède, c’est une âme ouvrière et artistique d’une rare profondeur.

Au XIXe siècle, Méru devient le centre mondial d’un artisanat que peu de gens connaissent aujourd’hui : la tabletterie. C’est-à-dire la fabrication d’objets en matières naturelles — nacre, os, ivoire, corne, ébène — : boutons, dominos, éventails, manches de couverts, carnets de bal. Un savoir-faire transmis de génération en génération depuis le XVIe siècle, d’abord dans les fermes pendant les morts-saisons agricoles, puis dans des ateliers industriels au siècle suivant.

À son apogée, dans les années 1910, plus de 10 000 ouvriers travaillaient la nacre dans la région. Des dizaines d’usines tournaient jour et nuit. La production méruvienne s’exportait sur tous les continents — boutons de luxe, accessoires de mode, objets précieux — ce qui valut à la ville son surnom de « Capitale mondiale de la nacre ».

Ce titre, Méru le porte encore. Et pour comprendre toute l’ampleur historique et technique de ce patrimoine hors du commun, une visite s’impose au Musée de la Nacre et de la Tabletterie, installé dans une ancienne usine du XIXe siècle classée aux Monuments Historiques. Des ateliers reconstitués, une authentique machine à vapeur toujours en fonctionnement, des artisans qui démontrent en direct la fabrication d’un bouton ou d’un domino : tout est là pour saisir la virtuosité d’un métier qui a forgé l’identité d’une région entière.

Avant de visiter, prenez le temps de lire l’art de la tabletterie à Méru. Cette plongée dans l’histoire et les techniques des tabletiers méruviens vous donnera les clés pour apprécier pleinement ce que vous allez voir — et pour ne pas repartir sans avoir saisi l’ampleur de ce que cette ville a offert au monde.

Notre verdict : l’Oise mérite bien plus qu’un passage

L’Oise n’est pas une destination de second rang. C’est une destination sous-estimée, ce qui, pour le voyageur curieux, est une chance. Moins de monde, des prix raisonnables, une accessibilité depuis Paris imbattable (1h à 1h30 selon les destinations). Et une diversité patrimoniale qui va du village fleuri de 90 âmes à la forteresse impériale, en passant par la gastronomie princière et un artisanat ouvrier classé comme trésor européen.

Gerberoy pour les amoureux de la lenteur. Pierrefonds pour les épris d’architecture. Chantilly pour les gastronomes et les amateurs d’art. Méru pour les esprits curieux qui veulent comprendre d’où vient la beauté des choses.

Quatre visages d’un même département. Un seul conseil : prenez la route.