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VOYAGE TRIANGULAIRE
(TRIANGULAR-SHAPED TRAVEL

Stéphane Degoutin, Gwenola Wagon, 2007
 

 
Quatre jours et trois nuits autour d'Enghien-les-Bains.

Parcours libre en vélo, avec trois étapes définies.
 
C'est en repérant trois points dans l'espace qu'on dressait les premières cartes. Il y a aussi l'idée de triangulation, de solidifier un élément avec une structure en triangle. Il semblerait que voyager en triangle peut permettre une vision plus profonde du territoire qu'un simple itinéraire. Il y a aussi la figure de la boucle qui est incluse dans l'idée de voyage en triangle qui vient créer un rapprochement entre des villes et des communes que nous n’associons pas souvent ensemble. Nous les voyons isolées comme des bouts de segments, telles des distances rapprochées uniquement de Paris. Il s’agit donc de combler ce vide ou de l’inspecter.
 
Qu'existe-t-il entre Sarcelles, Franconville et Gennevilliers ? Quels espaces ? Quelles zones ?
 
Les textes et images sont extraits d'un carnet de voyage constituant la préparation du livre : "Attractions périphériques".
 
  Four days and three nights around Enghien-les-Bains.
 
Free bicycle tour with three defined stops.
 
The connection of three points in the space allowed to draw the first realistic maps (it's the the triangulation technique). The triangulation also refers to the fact of strenghtening a structure. In the same way, it seems that traveling in triangle allows to a more profund vision of the territory than a simple trajectory. It also implies the figure of the loop, in which the starting point is also the destination. The triangle travel strongly and strangely connects pieces of the territory that we usually see as disconnected, as segments separated by emptiness. The goal is to fill these voids, to question it.
 
What is there between Sarcelles, Franconville and Gennevilliers?
 
The text and images are excerpts from the forthcoming book, "Peripheral attractions".
 

Le mardi 26 août 2007. Gare du nord – Sarcelles. 
 
   
Extraits
 
Le Voyage triangulaire commence le mardi 26 aout 2007.

Partis de la gare du Nord avec nos vélos pour rejoindre les trois sommets du triangle, Sarcelles, Franconville et Gennevilliers qui sont éloignés d’environ 10 km l’un de l’autre. Le point le plus proche est à 4 km de Paris, le plus éloigné à 12 km.

Nous avons fixé un point de départ hors de chez nous, et le territoire que nous explorons nous est presque inconnu.
 
Le train arrive à 14h40.
 
Je vois ce voyage comme un repérage, comme un cinéaste qui chercherait des décors. Je cherche des lieux pour implanter des projets (où implanter des belvédères ? des hôtels d’artistes ?). Des sites pour imaginer des histoires (les mythes et légendes des zones périurbaines).

Du réel pour alimenter une réflexion. Ce n’est pas une étude ni une exploration d’un territoire. Nous laissons les lieux derrière nous, à peine entamés, juste le temps de quelques impressions, un « passage hâtif à travers des ambiances variées ».
Et cette variété permet de faire s’entrechoquer les différentes situations urbaines.

[…]

  Excerpts
 
The triangular-shaped travel begins tuesday, august 26th 2007.We depart from the Gare du Nord with our bicycles to reach the first apex of the triangle. Sarcelles, Franconville and Gennevilliers are distant of about 10 km from one another. The closest is about 4 km from Paris, the most remote 12 km.

The departure point and the territory to explore is almost completely unknown to us.
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Nous traversons un rond point, une zone pavillonnaire et commerciale, des enseignes néon au nom de marques comme Conforama, une route départementale jusqu’à l’hôtel Première Classe.

Le remplacement progressif des petits hôtels de quartier par des chaînes force le voyageur périphérique à du tourisme de zone industrielle : l’« architecture sans architecte » d’aujourd’hui.
Nous entrons par la grille du parking. Rien n’est prévu pour les vélos des trop rares clients cyclistes. L’hôtel a la forme d’une maison simplifiée au maximum, avec une entrée qui donne sur le guichet et l’escalier.

L’hôtel appartient à la chaîne « Première Classe », présente ne série de chambres-boîtes, dimensionnées pour pouvoir être transportées individuellement en camion et empilées les unes sur les autres au milieu d’un parking. Il n’y a qu’à laisser un vide au milieu pour le hall, le couloir et l’escalier, et l’hôtel est monté. On ajoute ensuite une grande enseigne et le prix de la chambre (en l’occurrence : 35€).

[…]
 
 
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Je photographie la caméra de surveillance pointée en notre direction. Elle parait hors d’échelle par rapport au couloir si étroit. Lors de notre descente vers le hall le gardien nous accoste :

- Alors comme ça on prend mes caméras en photo ? Vous savez que cet hôtel est sécurisé. Je vous ai vu avec le flash de l’appareil. Vous savez, j’ai mon écran de vidéo surveillance.
Mais là, c’est la première fois qu’on photographie ma caméra.

Puis, sceptique, il explique comment il a pu voir toutes sortes de comportements étranges dans son hôtel et observer l’attitude perverse d’un client. Une nuit, alors qu’un couple faisait bruyamment l’amour à l’étage, il avait remarqué qu’un homme était sorti de sa chambre en caleçon est avait passé une partie de la nuit derrière leur porte…
- A écouter et …
 
 
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Le gardien explique qu’il trouvait son attitude dangereuse, en particulier avec toutes les descentes de police qui viennent dans son hôtel sans prévenir. Il nous raconte qu’il y se passe plein de choses ici, que la BAC (Brigade Anti Criminalité) vient parfois. Il avait préféré ne rien signaler avant de le croiser lors de son petit déjeuner.

« Alors, vous vous êtes bien amusé hier soir ? – Moi, ben, je dormais. – Ah bon, alors qu’est-ce que vous faisiez derrière la porte 60 ? – Ah, non, mais c’est des amis, je les connais… – Ah bon, alors dites-moi comment ils s’appellent – Oh, je sais pas… ».

Son regard exalté trahit la perversion de celui qui a les moyens de surveiller d’autres personnes, qui se sent investi d’un sentiment de toute puissance. De notre côté, le sentiment troublant, non de se savoir surveillé, mais de savoir qui nous regarde lorsqu’on est seul. Ce n’est pas la surveillance anonyme d’un vigile, à moitié assoupi dans une pièce sombre, posant un regard blasé sur une série d’écrans, mais un être humain en chair et en os, avec sa personnalité, ses travers. En l’occurrence, un individu présentant une tendance manifeste au voyeurisme, assorti d’une autre tendance, plus vicieuse, à pourchasser cette manie chez les autres.

[…]
 
 

 

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Dehors, hélicoptères et avions traversent le ciel en permanence.
 
   
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La zone commerciale

Juste en face de l’espace Venise (mariages, baptêmes, séminaires, expositions), une chambre funéraire dans un bâtiment qui a exactement la même apparence extérieure que tous les pavillons de banlieue, comme une allégorie de la vie suburbaine.

On prend des photos de la grande surface Jardiland, on croise des picniquers installés dans la pelouse du parking extérieur.

[…]
 
 

 
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21h15. Quick de Saint Brice sous forêt.
 
La nuit tombe.Le seul endroit ouvert… Nous sommes dans la ZAC du champs Gallois.

Je pars faire mon tour d’inspection extérieur autour du Quick. J’adopte une zone commerciale. Je distingue la colline avec les phares des voitures. La nuit noire d’été fait ressortir les lumières des enseignes de la zone commerciale, le vide et les silhouettes. Au loin, on distinguerait les montagnes, la mer, d’autres univers se décalquant sur ce paysage générique. Où sommes-nous ? Dépaysée par le lieu qui me rappelle partout et nul part. Dépaysée dans un lieu commun.

[…]
 
 

 

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Vers la CIté des Cholettes

10h36. Nous quittons l'Hôtel et partons vers l’ouest.

Nous passons dans un petit chemin à travers un sous-bois, dont les chemins ont été tracés par le passage des habitants, au milieu d’une végétation assez dense, presque sauvage. Sans arrêt, des avions passent dans le ciel. J’ai le sentiment d’être vraiment très loin de Paris.

Dehors, hélicoptères et avions traversent le ciel en permanence.

De nouvelles prises de vues de notre placard en direction des pavillons. Au réveil, je fixe le ciel et regarde les mouvements des avions. Je compte leur fréquence de passage, un par minute, ce qui me donne des chiffres comme entre 5000 et 10000 avions par jour sillonnant le ciel.

[…]
 
 

 

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Depuis notre départ, nous sommes en permanence au DEHORS, […] Dans cet « Au dehors », je ressens la difficulté d’être sans arrêt en dehors  — au delà des zones des-affectées.

Les zones que nous traversons, entre Argenteuil et Gennevilliers, pourraient être qualifiée d’affectées, par les routes, les circulations, les nœuds de recoupements entre les transports.

Suivre des parcours déterminés abstraitement, des continuités spatiales, modifie l’usage, oblige à regarder ce qui se passe dans ces espaces.

Relier des territoires qui n’ont parfois rien à voir entre eux, qui existent l’un à côté de l’autre par hasard. En voyageant ainsi, on englobe du regard, de manière presque systématique, quelques composantes d'un territoire, que rien ne prédisposait à être réunies.
Cette zone n’est pas aménagée pour être parcourue à vitesse réduite. Ce sont des zones à usage restreint, pour des besoins spécifiques. Certaines zones n’ont qu’un seul usage, et hors de celui-ci, nous ne pouvons l’utiliser qu'en la contournant. Comme l’intention de Nogo voyages est de relier des territoires souvent séparés ne serait ce que symboliquement, nous cherchons à les relier malgré les obstacles.

[…]

 



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